Mark Schreiner, Michael Sherraden, Margaret Clancy, Lissa Johnson, Jami Curley, Min Zahn, Sondra Beverly, Michal Grinstein-Weiss
(2005) Georges Gloukoviezoff (ed), Exclusion et liens financiers: L'exclusion bancaire des particuliers, Rapport du Centre Walras, Paris: Editions Economica, ISBN 2-7178-5003-1.
(2001)
Changing
Financial Markets and Community Development,
pp. 183-216, edited
by Jackson L. Blanton, Alicia
Williams, and Sherrie
L.W. Rhine, Federal Reserve Bank
of Chicago
La question de savoir comment aider les pauvres à s’enrichir est, en essence, une question de savoir comment les aider à constituer des actifs. La pauvreté est une trappe car des ressources sont nécessaires afin de produire des ressources. Les personnes pauvres doivent consommer la plupart des leurs ressources entrantes et ne peuvent donc pas épargner beaucoup. Avec des niveaux faibles d’épargne, leur revenu ne peut suffisamment augmenter afin de leur permettre de briser le cycle.
Echapper de la pauvreté requiert du capital, qu’il s’agisse du capital humain, physique, social ou financier. De nombreuses politiques menées aux Etats-Unis subventionnent l’accumulation d’actifs (Sherraden, 1991), parfois en vue de combattre la pauvreté. Par exemple, l’actif le plus important pour les pauvres est leur capital humain et la politique de subvention visant cet actif est l’éducation publique. Les déductions d’intérêt hypothécaire subventionnent la propriété de logements, le socle de la classe moyenne et le deuxième plus important actif pour les pauvres. Les prêts étudiants subventionnés (ainsi que les universités publiques) et les plans de retraite subventionnés constituent d’autres subventions visant l’accumulation d’actifs en vue de réduire la pauvreté. Le Homestead Act (Williams, 2003) et le G.I. Bill ont subventionné les créations d’actifs pour de nombreuses personnes pauvres.
Cependant, la plupart des subventions visant l’accumulation d’actifs (asset subsidies) vont de manière disproportionnée aux non-pauvres puisqu’elles nécessitent, directement ou indirectement, la richesse. Ainsi, le financement local d’écoles place-t-il les meilleures écoles publiques dans les quartiers les plus aisés. De même, les comptes fiscalement avantagés pour la retraite lient les subventions au capital humain requis pour atteindre les tranches fiscales élevées. Enfin, l’endettement subventionné est relié à la richesse parce que les prêts ne peuvent financer qu’une partie d’un achat et parce que la richesse signale la solvabilité (creditworthiness).
Les avantages fiscaux visant l’accumulation d’actifs (tels les reports fiscaux pour les Comptes de retraite individuelle et les plans 401(k) ou les déductions d’impôt sur l’intérêt des prêts étudiants et l’intérêt hypothécaire) constituent des incitations faibles pour les personnes pauvres dans des tranches fiscales basses. De plus, les subventions les plus importantes s’appliquent aux prêts les plus importants. Les pauvres, qui vont à des universités moins chères et achètent des logements moins chers, reçoivent donc moins de subventions. Quelques soient les raisons derrière les pratiques administratives, de ciblages ou incitatives liant les subventions visant l’accumulation d’actifs à la richesses, au montants des prêts et des impôts, le système actuel inclut moins les pauvres que les non-pauvres.
Une nouvelle proposition de politique conçue pour favoriser l’accumulation d’actifs de la part des pauvres – les Comptes de développement individuel ou Individual Developement Accounts (IDAs) – ne requiert pas la richesse, les avantages fiscaux ou l’endettement. Tout retrait d’un IDA est « subventionné par équivalence » (matched) s’il vise l’achat d’un logement, des études post-secondaires ou le financement d’un travail indépendant. Les participants aux IDAs reçoivent également une éducation financière et du conseil de la part des personnels IDA.
Ce document analyse l’accumulation d’actifs des personnes pauvres via les IDAs dans le cadre de l’American Dream Demonstration (ADD). Les résultats principaux sont :
- Les personnes pauvres parviennent à épargner et à accumuler des actifs via les IDAs. Le fait de savoir s’ils épargnent plus qu’ils n’auraient fait en l’absence des IDAs reste incertain toutefois.
- La perception de revenus ou de prestations sociales n’est pas liée aux dépôts nets dans les IDAs. Les plus pauvres épargnent une plus grande part de leur revenu que les moins pauvres. De plus, les membres de tous les groupes ethniques ont employé les IDAs bien que certains ont épargné plus que d’autres.
- Les caractéristiques institutionnelles comptent. Plus particulièrement, une plus grande éducation financière est associée à une épargne plus importante et des taux d’équivalence plus élevés sont associés à une plus grande probabilité d’épargner quelque chose mais, étant donné que quelque chose est épargné, à une épargne plus faible.
- Les IDAs de l’ADD étaient coûteux. Un programme ayant une
structure différente et une autre gamme de services pourrait être utile si
l’accès aux IDAs doit devenir universel et permanent.
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